Professeur certifié de musique, Directeur National de Transworld Radio, Yao Kan Jean est le président des Chantres Unis de Côte d’Ivoire.
Une ONG qui a pour vocation la formation musicale et le soutien social aux chantres chrétiens. Dans cet entretien, il passe en revue l’univers de la musique chrétienne en Côte d’Ivoire sans porter de gants.
*Qui doit-on appeler chantre ?
- En matière de musique chrétienne, aujourd’hui, j’ai l’impression que ce sont ceux qu’on voit à la télé qu’on appelle chantres. Non ! Selon la définition biblique et même quand on prend un dictionnaire, ce n’est pas ça. Un chantre dans le contexte spirituel, c’est quelqu’un qui chante pour une divinité. Dans la Bible, c’est quelqu’un qui est consacré à Dieu pour la Louange, dans l’Eglise. Mais aujourd’hui, tu as un album, tu passes à la télé on dit de toi que tu es un chantre. Quelqu’un peut ne même pas exercer dans son église, il a une belle voix ou pas du tout parfois, un peu d’argent, il va en studio, il prend des chansons avec les gens ou fait des reprises, on arrange un peu sa voix, il a des thèmes plus ou moins bibliques et paf, on dit qu’il est chantre. Non ! Ça ne doit pas se passer comme ça.
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-Dans le temps, il y avait des chantres. Moi, j’ai fait mon premier album en 1981. J’étais jeune, dix sept, dix huit ans…Mais avant moi, il y avait des devanciers exerçant dans les Eglises qui avaient sorti leurs cassettes : Moussa Diakité, les Ouvriers du Seigneur, le groupe Simon et Christine. A cette époque, il n’y avait pas la réalité de la promotion, le marketing musical chrétien. Une seule structure distribuait, produisait, vendait. C’était Radio Eloha.
On avait l’impression que les chantres tendaient toujours la main. Il n’y avait aucune progression financière, on ne sentait pas qu’un chantre pouvait avoir une voiture, une maison…Mais quand on a démarré avec les Chantres Unis à la fin des années 80, cela a commencé à ouvrir les yeux des uns et des autres sur les possibilités qu’on avait.
Il fallait une organisation et au bout du compte, l’association est devenue ONG Chantres Unis. Cela a engendré l’amélioration de nos conditions de travail, mais aussi le soutien social qu’on pouvait s’apporter mutuellement.
*Vous avez tellement ouvert les yeux des chantres que le résultat est là…Prise de positions politiques après la guerre, scandales divers…
-Dans la Bible, il y a eu des guerres où les chantres ont pris position. Pas de prises de positions pour soutenir les gens qui sont en train de gouverner. Mais des positions par rapport à leur vie. Quand la guerre a éclaté à Bouaké, on a des chantres qui ont dû fuir, il y en a qui sont morts. On ne pouvait pas rester insensible ! On a donc décidé d’apporter notre part pour sauver la situation. Et c’est comme ça qu’au fort de la guerre, on est allé devant la RTI, déposer une sono de 6000 watts qui est restée là trois semaines. On faisait des nuits entières pour proclamer la Parole de Dieu, soulager les populations par nos chants. C’était un apport spirituel à la situation politique, un peu comme tous les patriotes, les médecins, les femmes qui sont sortis pour aider. C’est tout ! Aucun homme politique ne nous a téléguidé et ne peut téléguider un chantre. Notre seule force, notre seul conducteur, c’est Dieu Tout Puissant.
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-Quant aux scandales dont vous parlez, vraiment…Cela dépend de qui t’a appelé, qu’est ce qu’il t’a dit avant de t’appeler et où il te dit d’aller. C’est ça la réalité.
Je prends mon cas. L’appel que j’ai reçu du Seigneur pour devenir chantre chrétien n’est pas venu comme ça. J’ai fait une promesse à Dieu le jour où je passais le concours de l’INA (actuelle INSAAC). C’était en septembre 1982. Je lui ai dit « si tu me permets d’entrer dans cette école, tout ce que j’aurai reçu comme formation, je la mettrai à la disposition du corps du Christ, aux chantres». Il fallait que je tienne parole. On a été cent à se présenter au concours, seulement cinq personnes ont été retenues dont moi. Après cela, j’ai été professeur dans le même institut avant d’aller à l’école américaine où j’ai enseigné douze ans. Le salaire n’était pas mal. Ça n’avait rien à voir avec celui de la fonction publique. Aujourd’hui, je suis Directeur national de Transworld Radio, mais je reste chantre, avant tout ! J’ai eu beaucoup de grâce certainement parce que, j’ai obéi au Seigneur. Voilà !
*Oui mais, on a l’impression aujourd’hui que les chantres sont plus artistes que les autres qui ne chantent pas Dieu, il y a un véritable laissez aller…
-Moi, je crois que chantre ou pas, tout le monde est artiste. Quelqu’un qui fait de l’art est artiste ! Les chantres font de l’art donc, ils sont artistes. Mais la seule chose qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est qu’ils sont des artistes particuliers, au service de Dieu. Etre chantre chrétien, c’est un appel divin comme celui qu’a reçu un Pasteur, par exemple.
On ne se lève pas comme ça pour dire « je veux être chantre ».
Et l’appel demande consécration. Etre mis à part pour pouvoir accomplir cette tâche, être particulier, exemplaire…Mes fréquentations, ma façon de vivre, de parler, d’agir doit refléter le Dieu que je sers. Je ne dis pas qu’un chantre consacré ne pèche pas, on est tous des pécheurs. Mais je veux dire qu’il y a des choses délibérées qu’on fait, dans lesquelles on se couche et d’autres qu’on regrette et qu’on ne recommence plus.
Le chantre consacré se trouve dans la catégorie de ceux qui ont la faculté de reconnaître leur faute (s’ils en ont faites) et de se surpasser pour ne plus commettre les erreurs qui pourraient entacher leur appel. C’est la prise de conscience qui fait le bon chantre. Sa vie entière doit être un sacrifice à Dieu.
*On le reçoit comment, cet appel ?
- On peut le ressentir très fort dans le cœur. Ça devient récurrent, inévitable, on se sent poussé à le faire avec conviction, sans hésitation. Ou bien, Dieu peut se révéler à quelqu’un en songe.
Il y a des gens qui font des songes dans lesquels ils se voient tout le temps en train de chanter devant des foules et ce sur plusieurs jours ou plusieurs mois.
En pareil cas, il faut prier et au fur et à mesure cela s’accomplira le plus naturellement du monde. Il y a d’autres voies, ce n’est pas limitatif, mais je crois qu’il faut vraiment ressentir cela comme un besoin naturel.
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-Maintenant, pour parler de définition, je dirais qu’il y a les chanteurs chrétiens et les chantres. Le chanteur chrétien, c’est celui qui a une belle voix, qui a décidé de faire de la musique avec des thèmes chrétiens, mais qui n’a pas d’appel divin. Il ne sert pas à l’Eglise. Parfois, il n’en a même pas. Or, le chantre, par contre, doit avoir une Eglise. Ceux d’avant n’était pas en dehors et dans la Bible, c’est écrit.
C’est vrai que notre monde aujourd’hui n’est pas celui d’avant, mais la particularité du chantre, c’est que même s’il est itinérant, même s’il voyage beaucoup, sort plein d’albums, il doit avoir une base qui est son Eglise. Et là, il reçoit des enseignements, il a un responsable spirituel à qui il rend compte, quelqu’un qui le suit et le guide dans sa marche.
Un chantre n’est pas une balle perdue ! Moi, j’ai une Eglise, je rends compte à mon pasteur.
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